MUKWEGE met en garde : Soupçons de collusion entre Kabila et Kigali dans un contexte de tensions régionales accrues
Dans un climat régional déjà exacerbé par la recrudescence des hostilités à l’est de la République démocratique du Congo, le lauréat du Prix Nobel de la paix 2018, le Dr Denis Mukwege, est monté au créneau ce mercredi pour exprimer de vives préoccupations concernant l’attitude de l’ancien président Joseph Kabila à l’égard du Rwanda, pays accusé de soutenir les groupes armés opérant sur le territoire congolais.
Intervenant sur la chaîne française France 24, le célèbre gynécologue congolais et ex-candidat à l’élection présidentielle de décembre 2023, n’a pas mâché ses mots. « Son discours est clair. Il n’a pas dénoncé le président rwandais comme agresseur alors que nous avons la résolution 27113 qui demande au Rwanda de quitter la République démocratique du Congo et ceci sans condition. Il [Kabila] n’a pas fait allusion à ça et puis il est rentré par le Rwanda, pour moi ce sont des signes qui ne trompent pas », a-t-il déclaré sans ambages.
Cette prise de position intervient quelques jours après la réapparition très médiatisée de Joseph Kabila sur la scène politique, notamment à travers un discours prononcé le 23 mai, qui, selon de nombreux observateurs, éludait délibérément la responsabilité du Rwanda dans la crise sécuritaire actuelle dans l’Est du pays. Une omission jugée lourde de conséquences dans un contexte où les Nations Unies, par la résolution 27113 adoptée en avril dernier, exigent le retrait immédiat et sans condition des troupes rwandaises du sol congolais.
La décision de Kabila de regagner la RDC en passant par une zone sous contrôle rwandais n’a fait qu’amplifier les soupçons d’une possible collusion. Pour le Dr Mukwege, ces gestes ne sont pas anodins ; ils relèveraient, selon lui, d’une stratégie ambiguë susceptible de fragiliser davantage la souveraineté congolaise.
Il convient de rappeler que Denis Mukwege, figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles en zones de conflit, est également un fervent défenseur de la justice transitionnelle et du respect de la mémoire collective. Il s’est toujours illustré par ses appels répétés à la mise en œuvre des recommandations du rapport Mapping des Nations Unies, qui documente des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en RDC entre 1993 et 2003, dans lesquels certaines forces étrangères, dont le Rwanda, sont pointées du doigt.
Dès lors, sa critique frontale envers l’ancien chef de l’État congolais prend une dimension éminemment politique et morale, dans un pays où la population demeure profondément meurtrie par des décennies d’instabilité orchestrée en grande partie par des ingérences extérieures.
Cette déclaration de Mukwege pourrait ainsi rebattre les cartes du débat national sur la question de la souveraineté et des alliances implicites entre certains acteurs politiques et les puissances étrangères. Elle risque également de raviver les tensions entre partisans de Joseph Kabila et ceux qui plaident pour une rupture totale avec les pratiques du passé.
LA RÉDACTION
En savoir plus sur Le Colibri Presse
Subscribe to get the latest posts sent to your email.





