Jeux d’argent en RDC : Un milliard généré, mais presque rien pour l’État
Le secteur congolais des jeux d’argent et de hasard, en pleine croissance, est au cœur d’une profonde réforme. Selon les chiffres officiels, ce marché a généré près d’un milliard de dollars américains en 2024, mais seulement un million a été reversé au Trésor public. Un déséquilibre que le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, entend corriger de toute urgence.
Réuni mardi à Kinshasa avec les principaux opérateurs du secteur, le ministre a rappelé que le gouvernement ne pouvait plus tolérer les pertes colossales enregistrées à cause du désordre réglementaire. Pendant des années, l’absence d’un cadre légal clair a permis une prolifération d’acteurs peu contrôlés, entraînant non seulement une évasion fiscale massive, mais aussi des risques sociaux liés à l’addiction et au blanchiment d’argent.
Adoptée en avril dernier, la nouvelle réforme vise à encadrer strictement les activités, à assurer une collecte transparente des taxes et à professionnaliser un secteur jusque-là marqué par l’opacité. « Nous devons instaurer une régulation stricte et une transparence accrue », a martelé Doudou Fwamba, insistant sur la nécessité de transformer cette manne financière en un levier de développement socio-économique.
Le ministre a également mis en avant la relance de la Société nationale des loteries (SONAL), longtemps marginalisée par la concurrence débridée du privé. Pour le gouvernement, la SONAL doit redevenir un acteur central, capable d’assurer non seulement une meilleure redistribution des recettes, mais aussi un contrôle efficace des pratiques du secteur.
L’enjeu est de taille : dans un pays où les besoins en infrastructures, en éducation et en santé restent immenses, chaque dollar de revenu fiscal compte. En comparaison, d’autres États africains comme le Nigeria ou le Kenya ont déjà mis en place des régimes fiscaux stricts sur les paris sportifs et les loteries, générant des centaines de millions de dollars pour leurs budgets nationaux. La RDC veut désormais suivre cette voie, en faisant des jeux d’argent une source régulière de financement public.
Cependant, plusieurs défis se posent : assurer la transparence des opérateurs, éviter les fraudes, et protéger les joueurs vulnérables face aux risques d’addiction. La réussite de la réforme dépendra de la capacité de l’État à appliquer les règles sans complaisance, et à mettre en place des mécanismes de suivi efficaces.
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