Maître Guy LOANDO MBOYO dévoile les grandes reformes territoriales de la RDC sur TV 5 Monde : « L’Aménagement du Territoire est désormais un levier de paix, pas une option », et ajoute « L’improvisation spatiale appartient désormais au passé avec la nouvelle Loi » – Le Ministre d’État sonne la fin du désordre territorial
Invité de TV5 Monde le mardi 8 juillet 2025 à 21h30, le Ministre d’État en charge de l’Aménagement du Territoire, Maître Guy LOANDO MBOYO, a défendu avec clarté et fermeté la réforme d’envergure engagée par son ministère. Entre affirmation de l’autorité de l’État, planification rigoureuse, catastrophes naturelles et urbanisation incontrôlée, le Ministre revient sur les grands défis du territoire congolais et les réponses institutionnelles en cours.
TV5 MONDE : Monsieur le Ministre, comment repenser la cartographie du territoire national alors que certaines régions, notamment à l’Est, sont confrontées à une instabilité chronique ?
Ministre d’État Maître Guy LOANDO : Il convient d’abord de déconstruire une perception erronée. Non, aucune partie du territoire national n’échappe à l’autorité de l’État. Comme je l’ai dit, « l’autorité de l’État, incarnée par Son Excellence Monsieur le Président de la République, Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, s’exerce sur l’ensemble du territoire national ». Même dans les zones affectées par des tensions, l’action gouvernementale reste présente et cohérente.
C’est dans ce cadre que le Président nous a mandatés pour conduire une réforme de fond, en partant d’un état des lieux rigoureux. Il est apparu que les anciens outils de planification, parfois hérités de l’époque coloniale, étaient caducs. D’où la nécessité d’un cadre légal et stratégique adapté.
TV5 MONDE : Peut-on vraiment planifier le développement dans des régions en guerre, comme le Nord-Kivu ?
Ministre d’État Maître Guy LOANDO : Absolument. La réforme que nous avons engagée n’exclut aucune province. Grâce à la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire, toutes les entités sont désormais tenues d’élaborer leur Plan Provincial d’Aménagement du Territoire (PPAT). Cela concerne autant le Nord-Kivu que le Kwilu ou le Haut-Uélé.
Et pour garantir l’harmonisation de ce processus, une instruction formelle a été adressée aux gouverneurs par le Vice-Premier Ministre de l’Intérieur. C’est une première depuis 1957. Nous refusons que l’insécurité serve de prétexte à l’inaction. Le territoire congolais tout entier est concerné par cette dynamique de transformation.
TV5 MONDE : Kinshasa est aujourd’hui un symbole du désordre urbanistique. Quelle est votre vision pour la capitale ?
Ministre d’État Maître Guy LOANDO : Kinshasa est un cas emblématique. Cette ville, conçue pour accueillir environ 45 000 habitants, frôle aujourd’hui les 20 millions. Cette surpopulation a entraîné une urbanisation sauvage, une saturation du centre-ville et une pression insupportable sur les infrastructures.
Notre réponse est double : d’une part, nous travaillons à une extension planifiée vers l’Est, car 70 % du territoire kinois reste sous-exploité. D’autre part, nous avons mis en place des instruments normatifs comme le Schéma d’Orientation Stratégique de la Gouvernance Urbaine, déjà testé dans la zone nord. Ce cadre sera élargi à toute la capitale.
TV5 MONDE : En avril dernier, des pluies diluviennes ont provoqué des drames à Kinshasa. Quelles leçons tirez-vous de ces événements ?
Ministre d’État Maître Guy LOANDO : Ce fut un moment douloureux, mais révélateur. Les sinistrés ont été relogés dans des sites aménagés dans un esprit humanitaire et stratégique. Toutefois, il faut le dire clairement : ces drames sont aussi la conséquence directe d’un urbanisme chaotique.
Des zones comme Fucandi, où des habitations ont été construites sans respect des normes, ont payé un lourd tribut. Cela nous impose une remise en question de notre rapport à l’espace. « Nous devons rompre avec cette logique d’appropriation spontanée des espaces », car elle est porteuse de danger, d’injustice et d’insécurité.
TV5 MONDE : En quoi la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire constitue-t-elle une rupture ?
Ministre d’État Maître Guy LOANDO : Elle est la colonne vertébrale de la réforme. Cette loi introduit des mécanismes contraignants, des sanctions contre les occupations illégales et des obligations de planification à tous les niveaux, local, provincial et national. Elle consacre surtout le principe de justice spatiale.
Chaque projet structurant devra désormais être précédé d’une Étude Environnementale Stratégique. C’est une innovation majeure. Car « bâtir sans planifier, c’est construire sur du sable. Mais bâtir en tenant compte du climat, c’est construire pour l’avenir ».
TV5 MONDE : Quelles structures accompagnent cette réforme sur le plan technique et institutionnel ?
Ministre d’État Maître Guy LOANDO : Nous avons mis en place une architecture institutionnelle robuste. Le pilier central en est le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT). En parallèle, l’Observatoire National d’Aménagement du Territoire (ONAT) fonctionne comme un laboratoire d’intelligence territoriale, chargé de produire des données fiables pour orienter les politiques publiques.
À cela s’ajoute la Carte noire des ressources, un outil stratégique qui recense les potentialités économiques, environnementales et humaines de chaque espace. C’est cette vision fondée sur l’évidence et la responsabilité qui marque la rupture avec l’ère de l’improvisation.
TV5 MONDE : En résumé, quelle est la finalité ultime de cette réforme ?
Ministre d’État Maître Guy LOANDO : Offrir aux Congolais un territoire planifié, sécurisé, et juste. Cette réforme n’est pas simplement technique. Elle porte en elle un projet de société. Un territoire mieux organisé, c’est une société plus stable, plus équitable, et plus résiliente. C’est cela notre ambition.
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