Museveni encore candidat ! 40 ans de pouvoir, une longévité politique controversée qui fait obstacle à l’émergence d’une nouvelle génération Ougandaise
En Ouganda, la démocratie semble s’être figée dans le temps. Le Mouvement de Résistance Nationale (NRM), parti au pouvoir, a officiellement annoncé ce mardi 24 juin 2025 que le président Yoweri Kaguta Museveni, âgé de 80 ans, sera son candidat à la prochaine élection présidentielle prévue en janvier 2026. L’annonce, bien que sans surprise, a ravivé les critiques tant sur le plan national qu’international, quant à la pérennisation d’un pouvoir devenu, pour beaucoup, une entrave à l’alternance démocratique.
À la tête du pays depuis 1986, soit près de quatre décennies de règne ininterrompu, Museveni continue de s’imposer comme l’alpha et l’oméga de la vie politique ougandaise. La confirmation de sa candidature sera officiellement actée, selon son parti, le 28 juin prochain, lors de la remise des formulaires électoraux. Cette démarche, pourtant conforme au dispositif constitutionnel actuel, met en lumière un système verrouillé, renforcé par des révisions successives de la Constitution qui ont supprimé la limite d’âge en 2017, ouvrant ainsi la voie à une présidence potentiellement à vie.
Nombreux sont ceux, parmi les intellectuels, activistes et membres de la société civile, qui dénoncent cette dérive autoritaire. “Le maintien indéfini d’un même dirigeant étouffe l’innovation politique et confisque l’avenir de toute une génération”, a déclaré un chercheur en sciences politiques basé à Kampala.
Dans un pays où plus de 75 % de la population a moins de 30 ans, l’hégémonie du président Museveni incarne un véritable conflit générationnel. Les aspirations de la jeunesse à la participation politique, à l’innovation économique et à la justice sociale sont, selon de nombreux observateurs, systématiquement écrasées par un appareil étatique omnipotent.
Les figures montantes de l’opposition, à l’instar de Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, ont été confrontées à une répression féroce, marquée par des arrestations arbitraires, des censures et des intimidations. Cette persistance du pouvoir en place, sans réelle ouverture démocratique, contribue à l’exil des compétences et à une radicalisation du désespoir chez les jeunes ougandais.
Ce nouveau mandat, que Museveni s’apprête à briguer, soulève donc des interrogations fondamentales sur l’état de la démocratie en Afrique de l’Est. Peut-on encore parler de compétition électorale dans un système où le chef de l’État concentre tous les leviers du pouvoir, où les institutions sont instrumentalisées, et où l’opposition peine à exister ?
En se représentant pour un énième mandat, Yoweri Museveni donne l’impression d’un pouvoir devenu une fin en soi, au détriment d’un avenir collectif fondé sur le renouvellement, l’alternance et la méritocratie politique. Cette posture, loin de garantir la stabilité qu’elle prétend incarner, pourrait au contraire alimenter des tensions internes latentes et compromettre durablement la cohésion nationale.
Alors que l’Afrique contemporaine cherche à consolider ses acquis démocratiques, l’exemple ougandais interpelle : faut-il sacrifier l’avenir sur l’autel d’un passé glorifié ?
LA RÉDACTION
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