29 July 2026
Société

Opération Shujaa : Soutien de la société civile du Nord-Kivu et interrogations sur son efficacité

  • avril 2, 2025
  • 5 min read
Opération Shujaa : Soutien de la société civile du Nord-Kivu et interrogations sur son efficacité

L’opération Shujaa, lancée en 2021 dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), continue de faire débat, en dépit des avancées notables dans la lutte contre les Forces Démocratiques Alliées (ADF). Menée en collaboration entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les Uganda People’s Defence Force (UPDF), l’opération a permis de neutraliser plusieurs combattants ADF et de démanteler des bases stratégiques du groupe terroriste. Toutefois, la question du rôle de l’armée ougandaise en RDC demeure un sujet de réflexion, notamment en raison des défis persistants sur le terrain.

Le 1er avril 2025, la société civile du Grand Nord-Kivu a exprimé son soutien à la présence de l’UPDF dans la région, soulignant son rôle clé dans la lutte contre les ADF. Cependant, cette même société civile a insisté sur le respect scrupuleux des accords bilatéraux entre la RDC et l’Ouganda. En effet, bien que l’intervention de l’armée ougandaise soit perçue comme cruciale pour la sécurité, les autorités congolaises doivent veiller à ce que la coopération militaire reste conforme aux engagements pris pour éviter toute violation de souveraineté.

« Le soutien de la communauté internationale et de l’armée ougandaise est essentiel, mais il est impératif que Kinshasa respecte pleinement les accords convenus afin de maintenir une collaboration constructive », a précisé un membre de la société civile locale. Cette prise de position reflète la volonté de maintenir la stabilité régionale tout en préservant l’intégrité territoriale de la RDC.

Depuis le lancement de l’opération Shujaa en novembre 2021, les forces conjointes FARDC-UPDF ont réalisé des progrès significatifs. Parmi les succès notables, on peut citer la neutralisation de plusieurs hauts responsables des ADF, la destruction de leurs bastions et la libération d’otages détenus par le groupe. Selon les autorités militaires, cette opération a permis de frapper un coup décisif contre les ADF, particulièrement en mai 2024, avec la capture de plusieurs chefs rebelles et la reddition de nombreux combattants.

Cependant, malgré ces avancées, l’insécurité persiste dans les régions de Beni, Irumu, et Mambasa, où les ADF continuent de mener des attaques violentes contre les civils et les forces armées. Cela soulève la question de l’efficacité réelle de l’opération et de la nécessité de redéfinir les stratégies de combat pour garantir une victoire durable contre ces groupes armés.

Si les avancées militaires sont évidentes dans certaines zones, la présence prolongée de l’UPDF dans des territoires moins directement concernés par les attaques des ADF soulève des interrogations. Les autorités congolaises, notamment les FARDC, insistent sur le fait que ce redéploiement fait partie intégrante de la stratégie pour anéantir les ADF. Toutefois, des organisations de défense des droits humains s’inquiètent que cette opération, si elle n’est pas bien coordonnée, risque de déplacer les rebelles vers des zones moins sécurisées, exposant ainsi davantage la population civile à des risques accrus de violences.

« Les forces ougandaises doivent opérer dans des conditions clairement définies et en coordination avec les autorités locales afin de ne pas perturber la stabilité déjà fragile des régions », a souligné un analyste en sécurité de la région du Nord-Kivu.

Alors que l’opération Shujaa entre dans sa quatrième année, les perspectives de succès restent floues. La communauté internationale appelle à une intensification des efforts, à une meilleure coordination entre les forces congolaises et ougandaises, et au renforcement des effectifs militaires pour accélérer la traque des ADF. De plus, la société civile et des experts militaires soulignent la nécessité de renforcer les mécanismes de communication pour assurer une gestion plus efficace des opérations conjointes.

Comme le rappelle le Commissaire supérieur principal Mowa Baeki-Telly Roger, Maire de la ville de Butembo, « les opérations FARDC-UPDF se portent bien, mais il est essentiel de rester vigilants pour ne pas céder à toute manipulation politicienne qui profiterait à l’ennemi de la paix et du développement ». Cette mise en garde souligne l’importance de maintenir une action coordonnée, sans déviation des objectifs principaux, et dans le strict respect des accords bilatéraux qui régissent l’opération.

Lancée avec pour objectif de neutraliser les ADF, l’opération Shujaa poursuit sa mission en Ituri, où les troupes de l’UPDF sont déployées, en particulier dans le territoire de Djugu. Cette extension de l’opération vise à traquer tous les groupes armés réfractaires au processus de paix, en consolidant les acquis tout en faisant face à de nouvelles menaces. La coopération entre la RDC et l’Ouganda dans cette guerre contre le terrorisme est donc primordiale, mais elle doit être menée de manière rigoureuse pour éviter toute dérive qui pourrait compromettre la stabilité régionale.

En somme, l’opération Shujaa reste une initiative stratégique importante dans la lutte contre les ADF et d’autres groupes armés dans l’est de la RDC. Cependant, pour qu’elle soit véritablement couronnée de succès, il est impératif que les acteurs impliqués, tant congolais qu’ougandais, maintiennent une approche coordonnée et respectueuse des accords bilatéraux. Seule une gestion optimale de cette coopération pourra garantir une paix durable dans cette région fragile et meurtrie par des décennies de violence.

LA REDACTION

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