Taxe Go-Pass en RDC : 362 millions de dollars perçus, mais pour quels résultats ?
La question de la transparence financière refait surface en République Démocratique du Congo, cette fois à travers le prisme du célèbre « Go-Pass », une taxe aéroportuaire imposée depuis plus de 15 ans à tous les passagers au départ des aéroports congolais. Selon les récentes révélations faites par le Directeur Général de la Régie des Voies Aériennes (RVA), ce mécanisme a permis de générer une enveloppe colossale de 362 millions de dollars américains. Ce chiffre, dévoilé mercredi devant la représentation nationale, suscite autant d’étonnement que d’interrogations.
Dès lors, un débat crucial est relancé : qu’a-t-on réellement fait de cette manne financière ? Si le Go-Pass est, à l’origine, une redevance censée contribuer à l’amélioration des infrastructures aéroportuaires nationales, force est de constater que l’état actuel de nombreux aéroports, notamment ceux de l’intérieur du pays, ne reflète guère un tel investissement. Pistes délabrées, absence d’équipements modernes, manque criant de sécurité et d’hygiène… les griefs ne manquent pas.
Par ailleurs, l’absence de traçabilité des fonds perçus alimente les suspicions. Plusieurs députés ont ainsi exigé que la RVA fournisse non seulement un rapport détaillé des recettes, mais surtout une justification rigoureuse de leur affectation. Car malgré les sommes astronomiques annoncées, l’impact concret du Go-Pass sur l’expérience des voyageurs reste imperceptible pour une grande majorité d’usagers.
À ce sujet, certains observateurs dénoncent un système opaque, où l’opacité budgétaire semble avoir été institutionnalisée. L’écrivain et économiste congolais Jean-Baptiste Malumalu soulignait déjà, dans un rapport paru en 2022, que « l’usage des ressources du Go-Pass reste à la discrétion d’un petit cercle administratif sans contrôle parlementaire clair, ni audit public régulier ».
La situation est d’autant plus préoccupante que cette taxe n’est soumise à aucun mécanisme de révision, ni de plafonnement, alors même qu’elle pèse directement sur le pouvoir d’achat des voyageurs. De fait, nombre d’experts appellent aujourd’hui à repenser le Go-Pass : soit en l’intégrant dans un cadre fiscal global plus transparent, soit en créant un fonds d’investissement aéroportuaire placé sous contrôle indépendant.
Dans un pays où les infrastructures de base restent largement déficientes, les révélations autour du Go-Pass constituent un signal d’alarme sur la nécessité d’une gouvernance plus responsable. Il ne suffit plus de collecter l’argent du contribuable : encore faut-il le justifier, en rendre compte, et surtout, en faire bénéficier concrètement la population.
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