Processus de Luanda : Kinshasa en attente des précisions sur l’initiative de Joao Lourenço
Dans un contexte marqué par une intensification des tensions entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, le gouvernement congolais s’est exprimé fermement sur plusieurs aspects sensibles, notamment l’initiative angolaise de médiation et la situation des Banyamulenge.
Lors d’un briefing spécial tenu mardi à Kinshasa, animé conjointement par Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias, et Alexis Gisaro, ministre d’État en charge des Travaux publics et de la Reconstruction, les autorités congolaises ont clarifié leur position sur les enjeux régionaux et dénoncé ce qu’elles qualifient de « plan macabre » du Rwanda sur le territoire national.
Évoquant le rôle de l’Angola dans la résolution du conflit à l’Est de la RDC, Patrick Muyaya a rappelé la responsabilité du président angolais, Joao Lourenço, dans l’application de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a précisé : « Le président angolais, Joao Lourenço, avait une responsabilité dans le cadre de la résolution 2773 car c’est lui le négociateur principal dans le cadre du processus de Luanda. Il a invité le président de la République, Félix Tshisekedi, aujourd’hui pour lui faire part de l’initiative qu’il a prise. Donc, il faut attendre dans les prochains jours les précisions qui pourront être faites si seulement cette initiative devrait se faire. »
La Résolution 2773, adoptée en février 2025, condamne les actions du M23, groupe armé soutenu par Kigali selon plusieurs rapports onusiens, et appelle à un cessez-le-feu immédiat ainsi qu’au retrait inconditionnel des zones occupées. Cette résolution a renforcé le mandat des mécanismes de surveillance régionaux, en particulier sous l’autorité de l’Angola à travers le processus de Luanda, parallèlement au processus de Nairobi déjà en cours.
S’exprimant avec vigueur, Alexis Gisaro a rejeté les accusations selon lesquelles la RDC constituerait une menace pour la communauté Banyamulenge – des Congolais d’origine tutsie souvent instrumentalisés dans la rhétorique rwandaise. Il a dénoncé les motivations du Rwanda en affirmant : « L’agenda du Rwanda est tout autre. C’est la RDC qui protège la communauté Banyamulenge à Kinshasa. Nous avons à Kinshasa des membres de la communauté qui circulent librement (…) À l’arrivée, qu’on me dise à quel endroit on a concocté ce projet et combien de Tutsi aujourd’hui sont massacrés dans notre pays. »
Par cette déclaration, Kinshasa réfute catégoriquement les allégations rwandaises suggérant l’existence de persécutions ethniques ciblées contre les Banyamulenge sur le sol congolais. Poursuivant sa dénonciation, Gisaro a précisé : « Nous n’avons jamais demandé au Rwanda de venir protéger notre communauté (…) Nous ne sommes pas d’accord sur le plan macabre du Rwanda dans notre pays ».
Ces accusations surviennent dans un climat de relations bilatérales dégradées où Kinshasa accuse Kigali de soutenir activement le M23, un mouvement rebelle qui sème l’insécurité dans les provinces orientales, en particulier le Nord-Kivu.
Depuis la résurgence du M23 en 2022, la situation humanitaire dans l’est de la RDC s’est considérablement détériorée, entraînant le déplacement de plus de 800 000 personnes, selon les chiffres du HCR. Face à cette crise, la communauté internationale multiplie les initiatives pour obtenir une désescalade durable, bien que les avancées restent fragiles.
L’Angola, en tant que facilitateur désigné par l’Union africaine et les Nations unies, tente de relancer les pourparlers dans le cadre du processus de Luanda, tout en respectant les termes de la Résolution 2773. Cette démarche s’inscrit également dans un contexte où les pressions diplomatiques se multiplient, notamment de la part de la France, des États-Unis et de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), pour contraindre Kigali à cesser tout soutien au M23.
En conclusion, Kinshasa reste prudente mais vigilante quant aux résultats de l’initiative angolaise, tout en réaffirmant son attachement aux cadres existants de négociation. Pendant ce temps, les autorités congolaises continuent de défendre fermement l’intégrité territoriale du pays et de rejeter ce qu’elles considèrent comme des ingérences étrangères déguisées sous couvert humanitaire.
LA REDACTION
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