Stop au tiers-percepteur : Kinshasa affirme l’exclusivité de la régie financière dans la mobilisation des recettes
Le 30 octobre 2025, le gouvernement provincial de la ville de Kinshasa a tiré un trait net. Dans un communiqué rendu public jeudi, le Ministère provincial des Finances, Économie et du Numérique de Kinshasa rappelle de façon ferme que « la collecte des recettes publiques constitue une mission exclusive des régies financières légalement instituées. » Par conséquent, « toute intervention de tiers non habilités dans la perception des recettes de la ville est strictement interdite sous peine de poursuites judiciaires ».
D’emblée, la posture adoptée marque un tournant dans l’assainissement des finances urbaines : la capitale congolaise se dote d’une ligne de conduite claire pour éradiquer les interférences non officielles dans le processus de mobilisation des ressources. En d’autres termes, ce n’est plus tolérable qu’un acteur extérieur sans mandat légal s’immisce dans la chaîne de perception des recettes. Cette clarification s’inscrit dans un contexte national de renforcement de la gouvernance des finances publiques.
Par ailleurs, il est important de replacer cette mesure dans la logique plus large de la réforme budgétaire et de la décentralisation en cours en RDC. Selon un point de presse du Ministère des Finances de la République démocratique du Congo, les recettes publiques mobilisées en août 2025 ont atteint 1 955,6 milliards de CDF, soit 103 % des prévisions. Cette performance souligne la nécessité et l’urgence d’établir des mécanismes transparents permettant à chaque niveau de pouvoir de disposer effectivement des ressources auxquelles il a droit.
En ce sens, la capitale qui a un statut particulier doit garantir que les ressources qu’elle perçoit soient bien inscrites dans les comptes publics, suivies, contrôlées et réinvesties. Le communiqué provincial rappelle ainsi que les « textes légaux et réglementaires en matière de finances publiques » assignent cette mission exclusivement aux régies financières habilitées. Et quiconque s’écartera de ce cadre s’expose à des poursuites judiciaires.
Il faut aussi souligner que ce genre de déclaration ne tombe pas dans l’abstrait. Depuis plusieurs années, la ville de Kinshasa a été pointée du doigt pour des faiblesses dans la chaîne de la recette : retards, manque de traçabilité, possibles canaux parallèles. À titre d’illustration, le remaniement du ministère provincial des Finances avait été motivé, en partie, par des « graves irrégularités » dans la mobilisation des recettes urbaines.
Cela étant, le succès de cette mesure dépendra de sa mise en œuvre concrète. Il faudra notamment :
Que les organes habilités soient clairement identifiés et dotés des moyens nécessaires ;
Que les procédures de perception, de recouvrement et de contrôle soient renforcées, notamment par la digitalisation et l’informatisation des opérations ;
Que des audits réguliers soient conduits pour détecter toute intervention illégale ou parallèle dans la perception des recettes ;
Que la justice joue son rôle de dissuasion effectif contre les contrevenants.
En conclusion, la récente prise de position du ministère provincial des Finances de Kinshasa est un signal fort. Elle rappelle que la mise en ordre des finances publiques locales n’est pas seulement une question technique : c’est une question de souveraineté locale, de responsabilité vis-à-vis des citoyens et de respect de la vision nationale d’un pays fort et bien gouverné. La balle est désormais dans le camp des organes de régie, des autorités de contrôle et de la justice pour que cette exigence devienne réalité sur le terrain.
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